La mixité sociale, les quotas de boursiers et le génie de la lampe, par Alain Dolium.
Par paul le vendredi, janvier 29 2010, 15:49 - Affaires de la cité - Lien permanent
Depuis près de 20 ans la classe politique traite la question de la mixité sociale et du renouvellement des élites comme s’il s’agissait du génie de la lampe et qu’il suffisait de prononcer le nom sacré de mixité pour qu’elle apparaisse sur le champ. Ainsi la nouvelle manière d’affirmer la mixité, plutôt que de l’imposer, résiderait dans une politique de quotas dans les grandes écoles. Poser la question des quotas d’entrée aux grandes écoles sans considérer les problèmes de formation antérieurs n’est que la conséquence d’une analyse tronquée de m’état des lieux de l’éducation en France, d’une hypocrisie sans faille et d’un manque de vision. Le concours d’entrée aux grandes écoles est aujourd’hui le dernier ilot de méritocratie perdu dans un océan de connivences et de non-dits.
Nous sommes confrontés aux résultats d’une massification de l’éducation et nous avons laissé croire au mirage d’un élitisme accessible à tous. La massification des filières générales n’a que déplacé le problème en créant de nouvelles poches de reproductions sociales. C’est le choix de la langue, de l’établissement ou de l’option rare qui rassemble désormais les “bons” élèves entre eux dès la 4eme. Le choix de cette langue ou de cette option rare étant le fruit d’un milieu social favorable où les clefs du succès scolaire sont largement détenues. En réalité dès la quatrième les jeux sont faits, sans qu’une grande partie des parents et des collégiens ne s’en rendent compte. Ces classes, déjà d’élite, se caractérisent le plus souvent par une ambiance studieuse, des établissements en bon état, un rythme très soutenu et des professeurs d’expérience. L’ensemble de ces éléments permettra l’épanouissement optimal de cette classe.
Plus tard ces mêmes élèves auront accès mieux que les autres aux subtiles différences de débouchés entre un IUT, une licence classique et une prépa. Si par hasard, celui qui n’est pas issus des détenteurs de ces clefs de succès arrivait tout de même au concours, les épreuves très académiques de culture générale et langues finiront de nourrir l’endogamie du recrutement dans les grandes écoles.
Rien n’est interdit, mais quel que soit l’acquis de l’élève il sera toujours plus difficile de compenser le déficit environnemental que les établissements scolaires des zones populaires n’ont plus les moyens de lisser.
Au-delà d’un problème d’orientation, c’est une vision de la société qui se dessine. Favoriser la propagation de la richesse, du diplôme de génération en génération, est rassurant pour tous dans une société pétrifiée par la peur du déclassement social. Aucune volonté d’exclusion, juste une cécité collective encouragée par certains, peu nombreux mais d’une efficacité redoutable !
Pour que ce système soit accepté il faut cependant que les moins prémunis puissent s’accrocher à un espoir, fut il mince. Cet espoir a désormais un nom : le quota. Le nouvel effet de manche d’une majorité familière de la multiplication des illusions d’opportunités pour une classe populaire dont elle doit ménager le vote. Au moment clef, à la fin des études secondaires, où se décide l’attribution d’une bourse les élèves des milieux populaires ont déjà, par trop grand nombre, décroché depuis longtemps.
Nouveau venu en politique j’observe qu’il est plus facile de s’attaquer publiquement à la métrique d’un problème qu’à ses causes. Pour avoir fait le chemin, pour soutenir régulièrement des jeunes issus des quartiers populaires à travers mon implication dans la monde associatif je souhaite ne pas me focaliser sur les quotas, mais aux 10 ans de plafonds de verre et d’obstacles qu’il faut dépasser pour arriver à jouer un rôle dans les sphères dirigeantes lorsqu’on vient des classes populaires.
Alain Dolium (Tête de liste Démocrates Ile-de-France)






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